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DIGITAL DETOX

Dernière mise à jour : 21 oct. 2021

comment vaincre la servitude numérique ? |

Je suis née à une époque où les téléphones portables n'existaient pas. J'estime que c'est une grande chance. Ainsi, j'ai connu la vie avant la digitalisation à outrance et les dérives auxquelles elle nous confronte.


Dans cet article, je vous expose les raisons qui me poussent à entamer une "digital detox" durant le mois de novembre, et probablement au-delà.


Sommaire

  1. Le contexte actuel

  2. Ce qu'en pensent les pros de la tech

  3. La chimie du cerveau

  4. Les questions à se poser

  5. Comment passer à l'action ?



1) Le contexte actuel

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Le 5 octobre dernier, le géant Facebook subissait une panne sans précédent, dans l'indifférence - pour certains - la plus totale. Pour d'autres, elle n'a pas manqué d'être remarquée. Quelques semaines auparavant, une lanceuse d'alerte rendait publique les pratiques du groupe ciblant "le profit au détriment de la sûreté". Coïncidences ? ... qu'importe. Et qu'importe les explications apportées ; au vu de l'ampleur des dérives que provoque l'utilisation de ces plateformes, qui est encore dupe quant au potentiel de dangerosité du produit ?


Nous nous sommes habitués à accéder à l'information en pressant sur un bouton "power"(1). Et si un beau matin, tout cela s'arrêtait ?


Sommes-nous vraiment aux commandes de notre vie derrière nos écrans ?



2) Ce qu'en pensent les pro de la tech

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Vous n'êtes pas sans savoir que plusieurs des grands manitous de la tech interdisent les écrans à leurs enfants. Les sources sont pléthores sur le net (!), mais si vous cherchez une source papier, procurez-vous l'excellent ouvrage La civilisation du poisson rouge: Petit traité sur le marché de l'attention de Bruno Patino, qui cite : "Il y a Sean Parker, ancien cadre dirigeant de Facebook, qui déclare publiquement : "Dieu seul sait ce que nous sommes en train de faire avec le cerveau de nos enfants" et révèle que le réseau social pour lequel il a travaillé profite des faiblesses psychologiques des plus jeunes. Il est rejoint par Chamath Palihapitiya, un autre ancien de Facebook [...]. Tristan Harris incarne ce mouvement de façon plus personnelle encore. Ancien designer en charge de l'éthique chez Google, chargé, donc, de créer un design des interfaces qui puisse préserver le libre arbitre de l'utilisateur, il fut le premier à dire que la mission qui lui avait été confiée était contraire à la nature intrinsèque du fonctionnement de son employeur. La contradiction ne pouvait être dépassée. Au fond, déclara-t-il au magazine 1843 qu'édite The Economist : "Le véritable objectif des géants de la tech est de rendre les gens dépendants, en profitant de leur vulnérabilité psychologique".


Déjà engagée dans ma réflexion de quitter les réseaux depuis plusieurs semaines, j'ai découvert les travaux de Cal Newport, qui n'a pas manqué de finir de me convaincre ! Il est un spécialiste du minimalisme digital, professeur en Science informatique à l'université de Georgetown et auteur prolifique. Il n'a jamais créé de compte sur les réseaux, explique pourquoi ainsi que les bénéfices qu'il tire de son absence virtuelle ici :

S'il vous plaît, prenez au minimum le temps de visionner le TEDx.



3) La chimie du cerveau

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Pour avoir étudié les nombreux mécanismes de notre cerveau en psycho, je ne pense pas prendre beaucoup de risque en affirmant que vous êtes probablement bien plus affectés par les réseaux que vous ne le pensez (ou en tout cas l'espérez).


Derrière ces plateformes numériques - prônant le lien social et la communauté (hum) - se cachent des spécialistes de la manipulation. Les fruits de leur technologie nous causent du tort : addiction, biais cognitifs telle que la comparaison sociale pour ne citer qu'elle, appauvrissement des capacités cognitives (2) ou pour être plus claire abrutissement (voui voui, les études prouvent que nous devenons de plus en plus cons), endoctrinement. Bref, on nous lave le cerveau et on en redemande 🤦.


Lorsque nous consommons du "junk feed", les mécanismes neurologiques et les réactions chimiques à l'oeuvre dans notre cerveau (et qui s'étendent à l'ensemble de notre corps) sont nocifs pour notre santé, qu'elle soit mentale ou physique. Je ne le répéterai jamais assez : le fonctionnement de notre organisme est systémique. Autrement dit, ce qui se passe dans notre cerveau a des répercussions sur nos intestins, pour prendre un exemple, et inversement.


Pour citer un autre exemple, on sait depuis longtemps que l'utilisation de l'écran (sa lumière bleue pour être précise) est déconseillée à haute dose et plus fortement avant le coucher. Pourquoi ? Au fond de notre rétine se situent des capteurs de lumière ; leur rôle est d'envoyer des messages à notre glande pinéale (dans notre cerveau) qui sécrète l'hormone du sommeil, la mélatonine. La lumière bleue est un perturbateur : elle interfère et dérègle le processus naturel de la production de cette hormone. Résultat : vous n'avez plus sommeil quand c'est le moment. Malheureusement, tout ne s'arrête pas là. La production de la mélatonine est directement en lien avec celle du cortisol (l'hormone du stress) et elle régule les rythmes circadiens ; ainsi un déséquilibre dans sa production a un impact sur l'ensemble du fonctionnement corporel et vous l'aurez compris, sur votre humeur.


Troubles de l'humeur, de l'image, anxiété...freinons cette épidémie. Les témoignages des bienfaits de quitter les réseaux sont nombreux, et d'autant plus parlants lorsque ce sont des ados elles-mêmes qui se livrent : The social media beauty cult | DW Documentary (en allemand, sous-titré en anglais).



4) Les questions à se poser

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C'est peut-être bien cela le problème : il s'agit de se poser des questions, et les bonnes. Notre société n'est plus encouragée à réaliser cet exercice par soi-même.


Autant le dire clairement, j'ai les influenceurs en horreur ; rien de personnel... c'est plutôt le besoin auquel ils répondent qui me laisse perplexe et le fait qu'ils représentent l'exact opposé de ce que préconise ma propre pratique (qui encourage votre responsabilité personnelle).


Comment en est-on arrivé à ce qu'une génération ait besoin de suivre de parfaits inconnus pour savoir comment s'habiller, de quelle couleur peindre son salon ou que sais-je ? Quand est-ce que "laisser quelqu'un d'autre influencer ses décisions" est-il devenu à la mode ?

Mais bon sang, où est donc passé le goût et la personnalité de chacun ?

Si vous ne pouvez plus vous passer de l'avis de quelqu'un d'autre pour savoir quelle est la "bonne" brosse à dents ou le dernier bijou à la mode parfait pour vous, vers qui donc vous tournerez-vous lorsque la vie vous placera devant les vraies questions qui impliquent de vraies décisions ?


Par pitié, reprenez le pouvoir sur votre capacité à décider par et pour vous-même. Si cela vous semble compliqué, commencez par quitter les réseaux sociaux. Vous récupérerez ainsi un temps précieux que vous pourrez mettre à profit pour savoir qui vous êtes vraiment - ce qui vous plaît et vous convient - sans avoir besoin d'être validé par une bande d'inconnus qui n'en a en réalité strictement rien à faire de votre vie (réelle).


Certains comportements m'ont sérieusement interpellés sur instagram lorsque, de plus en plus fréquemment, j'ai remarqué que certains utilisateurs commençaient à s'excuser de leur absence plus ou moins longue. Mais depuis quand se sent-on obligé de se justifier d'être occupé à vivre sa vraie vie ?

Stop stop stop !

Il est vraiment plus que temps d'y revenir, justement, à cette vraie vie afin d'éviter que nous ne représentions le summum d'une génération en perdition identitaire.


Pour savoir si mon utilisation des réseaux était vraiment satisfaisante, je me suis posée des questions simples :

  1. Qui sont les personnes vraiment importantes pour moi (qui sont concrètement présentes dans ma vie) ? Ce sont ces liens qu'il m'est important de chérir, en personne.

  2. Quels sont mes centres d'intérêts principaux et mes passions ? Je veux les pratiquer, lire des livres papier, approfondir mes connaissances et faire marcher mon imagination.

  3. A quoi ai-je envie de dédier mon temps si précieux ? A des personnes et des sujets qui me nourrissent.

J'en ai donc conclu que ma présence en ligne pouvait être drastiquement revue à la baisse, quand bien même j'en fais une utilisation principalement professionnelle.



5) Comment passer à l'action ?

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Une détox, comme un marathon ou un voyage (!), cela se prépare. Soyez stratégique et mettez toutes les chances de votre côté pour réussir, surtout si vous êtes très très accro. Pour optimiser votre planification, vous pouvez vous aider de la méthode QQOQCP qui fait le tour de ces questions :

  • Quand : définissez quand se tiendra votre détox. Vous pouvez commencer par un jour, puis une semaine, puis un mois (ou définitivement !). Soyez réaliste en planifiant un objectif atteignable.

  • Quoi : à quel(s) réseau(x) s'applique votre pause numérique ? Vous pouvez éventuellement éliminer définitivement ceux que vous fréquentez peu.

  • Où : cette question est quelque peu hors propos ici puisqu'on parle virtuel. Mais à l'inverse, vous pourriez par exemple réfléchir aux lieux concrets que vous avez déserté et que vous aimeriez fréquenter à nouveau.

  • Qui : avec qui êtes-vous en lien sur les plateformes ? Y a-t-il un autre biais par lequel vous pouvez maintenir ces liens ? Vos (vrais) amis seront sans doute enchantés de partager un café avec vous plutôt qu'un like. Quant aux personnes qui vous inspirent (et non qui vous influencent svp), abonnez-vous à leur newsletter plutôt.

  • Comment : si vous utilisez les réseaux pour votre activité professionnelle, choisissez comment vous allez y accédez si vous choisissez de garder une présence minime. Par exemple : uniquement sur votre PC/MAC, une fois le matin pendant 1 heure.

  • Pourquoi : pour les raisons que vous aurez définies au point 4 en ce qui vous concerne.


En fonction de vos réponses au QQOQCP et de l'utilisation que vous faites des réseaux (pro vs. perso), voici des étapes que vous pouvez réaliser lors de vos préparatifs :

  1. Faites du tri ! Contrôlez ce que vous offrez à ces plateformes en terme de renseignements personnels, d'autorisations et qui d'autre y a accès.

  2. Installez l'authentification à 2 facteurs pour l'accès sur ordinateur. En sus de sécuriser vos données, cela rendra l'accès à vos comptes un chouilla plus fastidieux, de quoi en freiner la consommation frénétique.

  3. Supprimez (déjà!) les applis sur votre mobile, toutes ou en premier lieu celles que vous utilisez le moins.

  4. Sortez les post-it ! Si besoin, placardez sur le miroir de votre salle-de-bains les raisons pour lesquelles vous choisissez de vous faire ce cadeau, afin de garder en mémoire pourquoi vous avez décidé de privilégier votre qualité de vie réelle.

  5. Achetez-vous un journal. Consignez par écrit votre expérience detox dans un journal ! Ainsi, vous pourrez plus facilement constater l'impact qu'elle aura eu sur vous 👏


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J'espère que la lecture de cet article vous aura convaincu à sauter le pas si vous hésitiez encore ! Je ne vais pas vous inviter à le liker et partager votre avis en commentaires :

éteignez votre écran à la place et allez vivre votre meilleure vie !
 

(1) power : le pouvoir

(2) capacités cognitives : fonctions cérébrales de réflexion, de concentration, de mémoire, de perception. Grosso modo ce qui nous est utile pour apprendre à penser, à lire, à écrire, à communiquer et à s'en souvenir !


📚 Patino, B. (2020). La civilisation du poisson rouge : Petit traité sur le marché de l'attention. Le Livre de Poche.


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